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elissandre
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Ecriture, lecture, peinture, architecture, photo
Catégorie :
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Date de création :
05.08.2007
Dernière mise à jour :
08.06.2008
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RIMBAUD, Illuminations

Posté le 06.08.2007 par elissandre
PARADE

Des drôles très solides. Plusieurs ont exploité vos mondes. Sans besoins, et peu pressés de mettre en oeuvre leurs brillantes facultés et leur expérience de vos consciences. Quels hommes mûrs! Des yeux hébétés à la façon de la nuit d'été, rouges et noirs, tricolores, d'acier piqué d'étoiles d'or; des facies déformés, plombés, blêmis, incendiés; des enrouements folâtres! La démarche cruelle des oripeaux! - Il y a quelques jeunes, - comment regarderaient-ils Chérubin? - pourvus de voix effrayantes et de quelques ressources dangereuses. On les envoie prendre du dos en ville, affublés d'un luxe dégoûtant.

O le plus violent Paradis de la grimace enragée! Pas de comparaison avec vos Fakirs et les autres bouffonneries scéniques. Dans des costumes improvisés avec le goût du mauvais rêve ils jouent des complaintes, des tragédies de malandrins et de demi-dieux spirituels comme l'histoire ou les religions ne l'ont jamais été. Chinois, Hottentots, bohémiens, niais, hyènes, Molochs, vieilles démences, démons sinistres, ils mêlent les tours populaires, maternels, avec les poses et les tendresses bestiales. Ils interpréteraient des pièces nouvelles et des chansons "bonnes filles". Maîtres jongleurs, ils transforment le lieu et les personnes, et usent de la comédie magnétique. Les yeux flambent, le sang chante, les os s'élargissent, les larmes et des filets rouges ruissellent. Leur raillerie ou leur terreur dure une minute, ou des mois entiers.

J'ai seul la clef de cette parade sauvage.







--

BAUDELAIRE, Petits poèmes en prose

Posté le 06.08.2007 par elissandre
LA MAUVAIS VITRIER

Il y a des natures purement contemplatives et tout à fait impropres à l'action, qui cependant, sous une impulsion mystérieuse et inconnue, agissent quelquefois avec une rapidité dont elles se seraient crues elles-mêmes incapables.

Tel qui, craignant de trouver chez son concierge une nouvelle chagrinante, rôde lâchement une heure devant sa porte sans oser rentrer, tel qui garde quinze jours une lettre sans la décacheter, ou ne se résigne qu'au bout de six mois à opérer une démarche nécessaire depuis un an, se sentent quelquefois brusquement précipités vers l'action par une force irrésistible, comme la flèche d'un arc. Le moraliste et le médecin, qui prétendent tout savoir, ne peuvent pas expliquer d'où vient si subitement une si folle énergie à ces âmes paresseuses et voluptueuses, et comment, incapables d'accomplir les choses les plus simples et les plus nécessaires, elles trouvent à une certaine minute un courage de luxe pour exécuter les actes les plus absurdes et souvent même les plus dangereux.

Un de mes amis, le plus inoffensif rêveur qui ait existé, a mis une fois le feu à une forêt pour voir, disait-il, si le feu prenait avec autant de facilité qu'on l'affirme généralement. Dix fois de suite, l'expérience manqua; mais, à la onzième, elle réussit beaucoup trop bien.

Un autre allumera un cigare à côté d'un tonneau de poudre, pour voir , pour savoir , pour tenter la destinée , pour se contraindre lui-même à faire preuve d'énergie, pour faire le joueur, pour connaître les plaisirs de l'anxiété, pour rien, par caprice, par désoeuvrement.

C'est une espèce d'énergie qui jaillit de l'ennui et de la rêverie; et ceux en qui elle se manifeste si inopinément sont, en général, comme je l'ai dit, les plus indolents et les plus rêveurs des êtres.

Un autre, timide à ce point qu'il baisse les yeux même devant les regards des hommes, à ce point qu'il lui faut rassembler toute sa pauvre volonté pour entrer dans un café ou passer devant le bureau d'un théâtre, où les contrôleurs lui paraissent investis de la majesté de Minos, d'Eaque et de Rhadamante, sautera brusquement au cou d'un vieillard qui passe à côté de lui et l'embrassera avec enthousiasme devant la foule étonnée.

- Pourquoi? Parce que... parce que cette physionomie lui était irrésistiblement sympathique? Peut-être; mais il est plus légitime de supposer que lui-même il ne sait pas pourquoi.

J'ai été plus d'une fois victime de ces crises et de ces élans, qui nous autorisent à croire que des Démons malicieux se glissent en nous et nous font accomplir, à notre insu, leurs plus absurdes volontés.

Un matin je m'étais levé maussade, triste, fatigué d'oisiveté, et poussé, me semblait-il, à faire quelque chose de grand, une action d'éclat; et j'ouvris la fenêtre, hélas!

(Observez, je vous prie, que l'esprit de mystification qui, chez quelques personnes, n'est pas le résultat d'un travail ou d'une combinaison, mais d'une inspiration fortuite, participe beaucoup, ne fût-ce que par l'ardeur du désir, de cette humeur, hystérique selon les médecins, satanique selon ceux qui pensent un peu mieux que les médecins, qui nous pousse sans résistance vers une foule d'actions dangereuses ou inconvenantes.)

La première personne que j'aperçus dans la rue, ce fut un vitrier dont le cri perçant, discordant, monta jusqu'à moi à travers la lourde et sale atmosphère parisienne. Il me serait d'ailleurs impossible de dire pourquoi je fus pris à l'égard de ce pauvre homme d'une haine aussi soudaine que despotique.

"- Hé! hé!" et je lui criai de monter. Cependant je réfléchissais, non sans quelque gaieté, que, la chambre étant au sixième étage et l'escalier fort étroit, l'homme devait éprouver quelque peine à opérer son ascension et accrocher en maint endroit les angles de sa fragile marchandise.

Enfin il parut: j'examinai curieusement toutes ses vitres, et je lui dis: "Comment? vous n'avez pas de verres de couleur? des verres roses, rouges, bleus, des vitres magiques, des vitres de paradis? Impudent que vous êtes! vous osez vous promener dans des quartiers pauvres, et vous n'avez pas même de vitres qui fassent voir la vie en beau!" Et je le poussai vivement vers l'escalier, où il trébucha en grognant.

Je m'approchai du balcon et je me saisis d'un petit pot de fleurs, et quand l'homme reparut au débouché de la porte, je laissai tomber perpendiculairement mon engin de guerre sur le rebord postérieur de ses crochets; et le choc le renversant, il acheva de briser sous son dos toute sa pauvre fortune ambulatoire qui rendit le bruit éclatant d'un palais de cristal crevé par la foudre.

Et, ivre de ma folie, le lui criai furieusement: "La vie en beau! la vie en beau!"

Ces plaisanteries nerveuses ne sont pas sans péril, et on peut souvent les payer cher. Mais qu'importe l'éternité de la damnation à qui a trouvé dans une seconde l'infini de la jouissance?

HUYSMANS, A rebours

Posté le 05.08.2007 par elissandre
Iv
une voiture s' arrêta, vers une fin d' après-midi,
devant la maison de Fontenay. Comme Des Esseintes
ne recevait aucune visite, comme le facteur ne
se hasardait même pas dans ces parages inhabités,
puisqu' il n' avait à lui remettre aucun journal,
aucune revue, aucune lettre, les domestiques
hésitèrent, se demandant s' il fallait ouvrir ; puis,
au carillon de la sonnette, lancée à toute volée
contre le mur, ils se hasardèrent à tirer le judas
incisé dans la porte et ils aperçurent un monsieur
dont toute la poitrine était couverte, du col au
ventre, par un immense bouclier d' or.
Ils avertirent leur maître qui déjeunait.
-parfaitement, introduisez, fit-il-car il se
souvenait d' avoir autrefois donné, pour la livraison
d' une commande, son adresse à un lapidaire.
Le monsieur salua, déposa, dans la salle à manger,
sur le parquet de pitch-pin, son bouclier qui
oscilla, se soulevant un peu, allongeant une tête
serpentine de tortue qui, soudain effarée, rentra
sous sa carapace.
Cette tortue était une fantaisie venue à Des

p56

Esseintes quelque temps avant son départ de Paris.
Regardant, un jour, un tapis d' orient, à reflets, et,
suivant les lueurs argentées qui couraient sur la
trame de la laine, jaune aladin et violet prune, il
s' était dit : il serait bon de placer sur ce tapis
quelque chose qui remuât et dont le ton foncé
aiguisât la vivacité de ces teintes.
Possédé par cette idée il avait vagué, au hasard
des rues, était arrivé au palais-royal, et devant
la vitrine de Chevet s' était frappé le front : une
énorme tortue était là, dans un bassin. Il l' avait
achetée : puis, une fois abandonnée sur le tapis,
il s' était assis devant elle et il l' avait
longuement contemplée, en clignant de l' oeil.
Décidément la couleur tête-de-nègre, le ton de
sienne crue de cette carapace salissait les reflets
du tapis sans les activer ; les lueurs dominantes de
l' argent étincelaient maintenant à peine, rampant
avec les tons froids du zinc écorché, sur les
bords de ce test dur et terne.
Il se rongea les ongles, cherchant les moyens de
concilier ces mésalliances, d' empêcher le divorce
résolu de ces tons ; il découvrit enfin que sa
première idée, consistant à vouloir attiser les feux
de l' étoffe par le balancement d' un objet sombre
mis dessus était fausse ; en somme, ce tapis était
encore trop voyant, trop pétulant, trop neuf. Les
couleurs ne s' étaient pas suffisamment émoussées
et amoindries ; il s' agissait de renverser la
proposition, d' amortir les tons, de les éteindre par
le contraste d' un objet éclatant, écrasant tout

p57

autour de lui, jetant de la lumière d' or sur de
l' argent pâle. Ainsi posée, la question devenait
plus facile à résoudre. Il se détermina, en
conséquence, à faire glacer d' or la cuirasse de sa
tortue.
Une fois rapportée de chez le praticien qui la
prit en pension, la bête fulgura comme un soleil,
rayonna sur le tapis dont les teintes repoussées
fléchirent, avec des irradiations de pavois wisigoth
aux squames imbriquées par un artiste d' un
goût barbare.
Des Esseintes fut tout d' abord enchanté de cet
effet ; puis il pensa que ce gigantesque bijou
n' était qu' ébauché, qu' il ne serait vraiment complet
qu' après qu' il aurait été inscrusté de pierres rares.
Il choisit dans une collection japonaise un
dessin représentant un essaim de fleurs partant
en fusées d' une mince tige, l' emporta chez un
joaillier, esquissa une bordure qui enfermait ce
bouquet dans un cadre ovale, et il fit savoir, au
lapidaire stupéfié que les feuilles, que les pétales
de chacune de ces fleurs, seraient exécutés en
pierreries et montés dans l' écaille même de la
bête.
Le choix des pierres l' arrêta ; le diamant est
devenu singulièrement commun depuis que tous
les commerçants en portent au petit doigt ; les
émeraudes et les rubis de l' orient sont moins
avilis, lancent de rutilantes flammes, mais ils
rappellent par trop ces yeux verts et rouges de
certains omnibus qui arborent des fanaux de ces deux
couleurs, le long des tempes ; quant aux topazes,

p58

brûlées ou crues, ce sont des pierres à bon marché,
chères à la petite bourgeoisie qui veut serrer
des écrins dans une armoire à glace ; d' un autre
côté, bien que l' église ait conservé à l' améthyste
un caractère sacerdotal, tout à la fois onctueux et
grave, cette pierre s' est, elle aussi, galvaudée aux
oreilles sanguines et aux mains tubuleuses des
bouchères qui veulent, pour un prix modique, se
parer de vrais et pesants bijoux ; seul, parmi
ces pierres, le saphir a gardé des feux inviolés par
la sottise industrielle et pécuniaire. Ses étincelles
grésillant sur une eau limpide et froide, ont, en
quelque sorte, garanti de toute souillure sa
noblesse discrète et hautaine. Malheureusement, aux
lumières, ses flammes fraîches ne crépitent plus ;
l' eau bleue rentre en elle-même, semble s' endormir
pour ne se réveiller, en pétillant, qu' au point
du jour.
Décidément aucune de ces pierreries ne contentait
Des Esseintes ; elles étaient d' ailleurs trop
civilisées et trop connues. Il fit ruisseler entre
ses doigts des minéraux plus surprenants et
plus bizarres, finit par trier une série de pierres
réelles et factices dont le mélange devait produire
une harmonie fascinatrice et déconcertante.
Il composa ainsi le bouquet de ses fleurs :
les feuilles furent serties de pierreries d' un vert
accentué et précis : de chrysobéryls vert asperge ;
de péridots vert poireau ; d' olivines vert olive ; et
elles se détachèrent de branches en almadine et

p59

en ouwarovite d' un rouge violacé, jetant des
paillettes d' un éclat sec de même que ces micas de
tartre qui luisent dans l' intérieur des futailles.
Pour les fleurs, isolées de la tige, éloignées du
pied de la gerbe, il usa de la cendre bleue ; mais
il repoussa formellement cette turquoise orientale
qui se met en broches et en bagues et qui fait, avec
la banale perle et l' odieux corail, les délices du
menu peuple ; il choisit exclusivement des
turquoises de l' occident, des pierres qui ne sont, à
proprement parler, qu' un ivoire fossile imprégné
de substances cuivreuses et dont le bleu céladon
est engorgé, opaque, sulfureux, comme jauni de
bile.
Cela fait, il pouvait maintenant enchâsser les
pétales de ses fleurs épanouies au milieu du bouquet,
de ses fleurs les plus voisines, les plus
rapprochées du tronc, avec des minéraux transparents,
aux lueurs vitreuses et morbides, aux
jets fiévreux et aigres.
Il les composa uniquement d' yeux de chat
de Ceylan, de cymophanes et de saphirines.
Ces trois pierres dardaient en effet, des
scintillements mystérieux et pervers, douloureusement
arrachés du fond glacé de leur eau trouble.
L' oeil de chat d' un gris verdâtre, strié de
veines concentriques qui paraissent remuer,
se déplacer à tout moment, selon les dispositions
de la lumière.
La cymophane avec des moires azurées courant
sur la teinte laiteuse qui flotte à l' intérieur.

p60

La saphirine qui allume des feux bleuâtres de
phosphore sur un fond de chocolat, brun sourd.
Le lapidaire prenait note à mesure des endroits
où devaient être incrustées les pierres. Et la
bordure de la carapace, dit-il à Des Esseintes ?
Celui-ci avait d' abord songé à quelques opales
et à quelques hydrophanes ; mais ces pierres
intéressantes par l' hésitation de leurs couleurs,
par le doute de leurs flammes, sont par trop
insoumises et infidèles ; l' opale a une sensibilité
toute rhumatismale ; le jeu de ses rayons s' altère
suivant l' humidité, la chaleur ou le froid ; quant à
l' hydrophane elle ne brûle que dans l' eau et ne
consent à allumer sa braise grise qu' alors qu' on
la mouille.
Il se décida enfin pour des minéraux dont les
reflets devaient s' alterner : pour l' hyacinthe de
Compostelle, rouge acajou ; l' aigue marine, vert
glauque ; le rubis-balais, rose vinaigre ; le rubis
de sudermanie, ardoise pâle. Leurs faibles
chatoiements suffisaient à éclairer les ténèbres
de l' écaille et laissaient sa valeur à la floraison
des pierreries qu' ils entouraient d' une mince
guirlande de feux vagues.
Des Esseintes regardait maintenant, blottie en
un coin de sa salle à manger, la tortue qui rutilait
dans la pénombre.
Il se sentit parfaitement heureux
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