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Nom du blog :
elissandre
Description du blog :
Ecriture, lecture, peinture, architecture, photo
Catégorie :
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Date de création :
05.08.2007
Dernière mise à jour :
08.06.2008
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Sorcier glouton

Sorcier glouton

Posté le 30.03.2008 par elissandre
L’image même de la modération, de l’équilibre.
Personne ne sait.
Alors il attend le moment, le moment de manger. Il ne parle pas du repas du midi, pris en hâte avec les copains, l’air de ne pas s’en soucier, il faut manger pour vivre et non … Un sandwich, une pizza quand ils ont un peu de temps. Pas de dessert, c’est vite fait. Comme ses copains…

Manger c’est son truc, son secret, sa vie. Oui sa vie est réduite à ça, rien d’autre ne le soulage.

Alors il se dépêche de partir. Il passe par la grande surface la plus proche, ça dépend des cours, parfois plutôt au centre, parfois à l’est. Donc d’abord acheter. Il ne pourrait pas prendre le métro, comme ça, sans la nourriture, là dans les sacs. Même si c’est lourd. Et encombrant, aux heures de pointe.

Il ne réfléchit pas, ne choisit pas. Il n’aime rien en particulier, il veut juste des choses à absorber facilement, des aliments qu’il ne faut pas mâcher, croquer, des aliments mous et gras, idéalement. Il survole les rayons, ses gestes sont précis presque aériens, pas d’hésitations, il sait ce qu’il veut. Toujours cette apparente indifférence… Pourtant son cœur palpite : si on le perçait à jour, si quelqu’un savait… Regard qui balaie, l’air de rien. Regard terrifié si on est attentif. Mais qui l’est ?

Le trajet en métro est long, très long. Il voudrait commencer à manger, à se goinfrer pour tout dire. Mais impossible : il faut être seul. Trop de honte sinon. Alors il attend.

Alors quand il arrive, il faut faire vite, très vite. Pas le temps d’y mettre les formes, pas le temps de préparer, de réchauffer, de sortir une assiette. D’abord un ouvre-boîte et les raviolis, froids, fades, mous. De la mayonnaise, pour qu’ils glissent mieux, beaucoup de mayonnaise. Une boîte, deux boîtes. Puis viennent les sardines. A l’huile. A croire qu’il veut se punir. Dégoûtant, il est dégoûtant. Il bouffe dégoûtant. Le tarama c’est bien aussi. A la cuiller, évidemment. L’hoummous, oui mais un inconvénient : la constipation.

A ce stade-là, il faut vomir, il n’y a plus place : il est plein. Alors il vomit. Le doigt est devenu inutile. Fini les temps où il fallait forcer. Juste la position, devant la cuvette, juste un haut le cœur. Ça sort.

Il reprend son souffle, pas longtemps. Il s’est vidé. Il va pouvoir recommencer. Maintenant il peut prendre un peu de temps, il se sent mieux déjà. Il s’assied pendant que le hamburger chauffe : hamburger super giant… avec tomates. Mais il ne savoure rien, avec tomates, sans tomates, quelle importance ? Se remplir et c’est tout, s’écœurer. Se vomir !

Puis la glace, un litre. Il faut qu’elle ait fondu, qu’elle coule, qu’il bave, qu’il vomisse en même temps. Oui ça aussi ça arrive.

Le téléphone peut sonner, il n’est pas là. Impossible dans ces moments. Il pleure. Il mange et il pleure, mais il ne s’en rend pas forcément compte, ou pas tout de suite : les larmes coulent, les aliments entrent et ressortent de sa bouche. Il veut se remplir, se vider, il ne sait plus. Il veut crier mais il ne peut pas. Impossible d’appeler au secours, on ne parle pas la bouche pleine. On finit son assiette, on ne quitte pas la table avant d’avoir terminé. Oui il a bien retenu tout ça. Et il entend encore sa mère :

-Mange, mon chéri, Une cuiller pour papa, une cuiller pour maman, et une autre pour le grand sorcier glouton. Mange, mon chéri. Tout doit disparaître, disparaître.



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:: Les commentaires des internautes

je comprends....
Posté par cqvp le 22.05.2008
ce texte. Il est dur, ce texte il m'a touché !!!!
il est si réaliste....
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