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Nom du blog :
elissandre
Description du blog :
Ecriture, lecture, peinture, architecture, photo
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Date de création :
05.08.2007
Dernière mise à jour :
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Maya

Maya

Posté le 07.01.2008 par elissandre
Quitter Guatemala Ciudad. Comme ça. Sans savoir pour où. Il va se lever. Il ne lui dira rien. Il la regarde dormir, découverte, sa peau douce, cette peau qu’il a tant aimée, qu’il voudrait désirer encore. Son épaule, un fin duvet, une odeur qu’il connaît bien, qui le rassurait presque parfois. Il la caresse légèrement, du dos de la main, il l’effleure. Il ne peut pas la quitter, il va rester, il ne veut pas la faire souffrir. Mais les derniers mois… non, il faut partir. Ce n’est plus la peine.
Il n’emporte rien, il s’en va comme un voleur. C’est ce qu’il est, il lui a volé sa vie, maintenant il doit la lui rendre. Elle sera plus heureuse.
Il est parti. C’est la nuit. Où aller ? Une gare, un train. On verra. Il ne veut plus penser. Ne plus souffrir, surtout ne plus souffrir. Alors il boit. Beaucoup. Beaucoup… Le train, l’alcool. On verra. Et il s’endort.
Puis c’est le car, les secousses, l’animation des autres passagers alors que lui somnole encore, nauséeux, malheureux. La nuit n’a rien réglé, toujours cette oppression, sa tête va éclater, son corps va éclater. Vomir.
On lui parle, il répond vaguement mais il sourit. Il a toujours souri. Ne pas imposer ses humeurs, ses peines. Ne pas s’imposer.
Les autres se désintéressent de lui puisqu’il ne veut pas parler. Ni rire. Ni manger. Rien. Juste un peu d’eau qu’une vieille dame lui tend. Gracias. Et un sourire…
Le chemin est long mais qu’importe puisqu’il ne sait plus. Les heures passent, le paysage l’intéresse peu. Il est ailleurs, il ne sait pas où. Un coup de coude, son voisin l’éveille : ils sont arrivés. Arrivé …il se souvient maintenant, Tikal, oui c’est ce qu’il avait choisi, si on peut dire, sans même y réfléchir. Que faisait-il là ? Il fallait suivre maintenant. Suivre un groupe de touristes, enthousiastes, énergiques, appareil photo et camera. Il suit, accepte même de photographier les jeunes couples si pleins d’espoir, de rêves encore.
Puis il s’éloigne. Puisqu’il est là, il va vraiment visiter. Après tout, il connaît, il a un peu étudié la question alors tout compte fait, il peut se débrouiller.
D’abord le lieu des échos : là il se renseignera, achètera des plans. Et il verra. C’est le temple du grand jaguar qu’il visitera, il aime ce nom, il sent qu’il va aimer le lieu. Oui il l’aime. Jamais il n’aurait cru. Il va rester au haut de la pyramide. Ne plus bouger. Jamais.
Et la nuit tombe. Tôt. Il reste. Hurlement des singes, frôlement des lianes. Un agouti au loin. Une tarentule aussi, énorme, velue, sur le bras. Puis le sommeil. Et la fièvre. Il s’endort malgré les tremblements. Il est un jaguar, il court dans la jungle. il est libre. Enfin. Puis le voilà à la tête d’une foule, peau de jaguar, longues plumes vertes de quezal et lourd pectoral de jade, il monte les marches de la pyramide et arrive au sanctuaire embrumé d’encens. Il faut rendre hommage aux dieux, au dieu maïs surtout. Il le fait. Il connaît tous les gestes, toutes les prières. Les sacrifices humains… Et c’est elle qui va être sacrifiée. Il la reconnaît, oui c’est elle. Alors il se précipite, l’enlève, fuit. Ils courent. Et ils rient. Ils sont heureux.
Le matin , cinq heures , une pluie de rosée l’éveille, le rafraîchit. Il va s’en aller. Il va la retrouver. Il sait maintenant : il est un Maya. Et il a besoin d’elle.




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