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Nom du blog :
elissandre
Description du blog :
Ecriture, lecture, peinture, architecture, photo
Catégorie :
Blog Blogzine
Date de création :
05.08.2007
Dernière mise à jour :
08.06.2008
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Nonna et la frutta

Posté le 06.08.2007 par elissandre


--

Ma douce

Posté le 06.08.2007 par elissandre
Ah la voilà, ma douce, ma belle ! Que j’aime ses mains sur mon corps. Des caresses incomparables. Je frissonne. Elle connaît tout de moi, elle sait ce qui me plaît. Les endroits les plus sensibles, les moments, caresse douce ou appuyée, ébouriffement, presque bagarre.
Oui elle sait tout ça.
Et c’est pour ça que je l’aime.
*
Pour ça et pour tout le reste.
J’adore la voir évoluer. Elle est élancée, souple, légère, c’est un ballet.
Pas toujours. Parfois elle se dépêche et je dois m’éloigner un peu. Pas le moment d’être sur son chemin. Elle est pressée, ma belle, ma princesse.
*
La regarder dormir. Le teint pâle, les lèvres roses. Un léger souffle. Parfois un soubresaut, un froncement de sourcil… Je viens vers elle. Et je l’apaise. A ma façon. Elle se rendort.
Ou alors elle se lève, va boire un peu d’eau, fumer une cigarette. Elle sait que je n’aime pas ça. Alors elle me regarde en souriant, implorante, juste une, tu sais que ce n’est pas si souvent… fais-moi confiance. Et elle répète, fais-moi confiance, tu sais bien que je suis une lionne.

*
Sa voix. Un bercement. Une bise légère. Le chant d’un oiseau. Parle-moi encore. Dis, parle-moi longtemps. Nos mots. Des mots rien qu’à nous. Personne ne peut comprendre. Ce sont nos secrets.
*
Elle part toujours. Elle revient toujours. Elle ramène toutes sortes d’odeurs. J’aime bien. Je me blottis contre elle, je retrouve la sienne, celle que je reconnais entre mille. Je pose ma tête sur son épaule, m’enfouis dans ses cheveux, lui chatouille le cou. Elle rit. J’aime l’entendre rire.
*
Quand elle mange, je la taquine. J’essaie de lui voler un petit quelque chose, je veux partager tout avec elle, goûter aux mêmes choses. Alors elle me repousse, dit que ce n’est pas bon pour moi. Oui mon poids, je sais bien mais juste un peu, juste un peu, que je sache. Elle ne cède pas souvent. J’aime aussi sa fermeté. Elle sait ce qui est bon, pas bon pour moi. Je m’en remets à elle.
*
Non pas ça ! Je ne sais que faire, je tourne en rond. La tête dans l’oreiller, elle étouffe ses cris, les larmes coulent. Elle hoquette. Tout son corps parcouru de soubresauts. Pourquoi, ma beauté, pourquoi ? Qui t’a fait mal ? Mais elle ne répond pas. Finalement, épuisée, elle revient vers moi. Je la réchauffe comme je peux. C’est fini. C’est fini.
*
Elle est partie. Elle m’a expliqué : elle en a besoin, il faut qu’elle nage. Longtemps, longtemps. Le soleil aussi. Bien sûr je ne peux pas l’accompagner. Je comprends. Mais tout de même c’est dur. Plus faim, plus soif. Je perds du poids, je perds le contrôle. Si elle ne revenait pas ? Cette fois-ci, elle serait partie pour toujours. J’ai peur, si peur. Mais non, la voilà ! Enfin elle est là. Elle me prend dans ses bras. J’ai eu si froid, ne fais plus ça. Elle promet. Elle ne me laissera plus jamais.
*

Et tout redevient comme avant. Nous deux. Notre intimité. Notre bonheur. Enfin pas tout à fait comme avant. Je ne sais pas ce que j’ai. Je me sens moins bien. Je dors beaucoup. Marcher me fatigue. Je me traîne. Je voudrais la rassurer parce qu’elle s’inquiète, je le vois bien. Mais pas moyen. Je suis affaibli et ça se voit. Elle redouble d’attentions, de gentillesse, de baisers. Mais je sens ses larmes couler, même si je feins de ne rien remarquer.

*
Je n’irai pas plus loin. Nous restons serrés, blottis. Elle tient ma tête entre ses mains, je la regarde, elle me regarde. On sait. En tout cas moi je sais. Courage ma belle, courage, je ne suis plus qu’un vieux chat, tu dois continuer seule.

Elissandre



Une gentille petite fille

Posté le 06.08.2007 par elissandre
Une gentille petite fille. Blonde, un petit chignon tout mignon, les yeux bleus, un joli teint laiteux. Oui une belle petite fille.

Elle aime, la petite fille. C’est son truc.

D’abord elle aime son papa et sa maman. Mais ça ne va pas tout seul. Son papa est le mari de sa maman. Il est à sa maman. Et puis sa maman, c’est son mari qu’elle aime. Je veux dire, qu’elle aime vraiment.

Alors ça commence tôt, la peine.

Elle va à l’école. Ça tombe bien, elle est la chouchoute ! C’est si bon ! La seule, l’unique. Enfin pas toujours, ça dépend, les autres sont là aussi. Mais elles sont moins là. Oui c’est bien elle la préférée !

On prépare la fête de fin d’année. Eh non, ce ne sera pas elle la princesse. Elle n’est plus la chouchoute ! C’est une autre ! C’est la princesse !

Elle pleure.

D’amour.

C’est la première fois !

Pas la dernière.

Les amies. Ah elle a deux amies. Anne et Marie. Elles s’aiment toutes les trois ! C’est une grande histoire. Sauf le jour où Anne lui dit, Marie ne t’aime pas !

Le lit sur lequel elle se jette. Les larmes.

Scénario classique désormais. Courir dans le couloir, se précipiter dans sa chambre, se lancer sur son lit. Sanglots.

Personne ne saura pourquoi. Elle n’avouera pas qu’on ne l’aime pas. Elle prendra le dessus.

Carapace.

C’est fini. Plus rien ne sera pareil. La méfiance, ça s’appelle. Plus question de croire en quiconque.

Elle sera seule.

Tant pis !

Elle est seule. Pas grave. Plein de choses à faire. Dans le jardin. Capturer des salamandres. Elles sont belles ! Comme des bonbons à la réglisse ! On en mangerait. Elle se retient. Ça ne se fait pas. Puis elle n’a pas souvent faim, alors… Mais elle les emprisonne. Ah oui, pas question de partir, tu es à moi, tu m’aimeras ! Mais non : soit elles s’échappent, soit elles meurent.

Carapace !

Mais ça devient dur.

Repartir vers les humains ? Elle ne veut pas. Plus d’amies depuis longtemps. Elle est solitaire. On dit ça comme ça, solitaire. Tout le monde le sait maintenant. Alors on la laisse. Et c’est bien.

Sauf lui. Il ne peut pas s’empêcher ! On se demande pourquoi. Oui elle est jolie. On le dit. Elle n’en sait rien. Ça ne l’intéresse pas. Pourtant c’est ce qu’il lui dit. Lui qui vient d’arriver. Qui ne sait pas encore. Tu es la plus jolie, pourquoi tu restes seule ? Elle ne répond rien. Elle ne répond jamais. C’est mieux.

Mais il ne désarme pas. Le revoilà, encore, toujours. Qu’est-ce qu’il lui veut ?

Evidemment à force, son cœur … elle avait oublié mais c’est si bon…

Alors elle fonce. Sans retenue. Elle ne sait pas ce que c’est, la retenue. Elle l’aime. Absolument. Irrémédiablement.

Mais ce n’est pas ce qu’il voulait, on dirait. Le voilà qui s’en va ! Hein ? Je ne comprends pas ? Tu me voulais ? Je me donne tout à toi !

Hurlements

Et la carapace ?

Retour de la carapace.

Quelques mois. C’est l’hiver. Un jour elle accouche. Un bébé formidable. Un beau petit garçon. Blond. Les yeux clairs. Les yeux tendres… Non ! Elle ne peut pas lui imposer tout ça. Elle ne peut pas !

Alors elle le tue.

Elissandre

Roseraie

Posté le 06.08.2007 par elissandre

RIMBAUD, Illuminations

Posté le 06.08.2007 par elissandre
PARADE

Des drôles très solides. Plusieurs ont exploité vos mondes. Sans besoins, et peu pressés de mettre en oeuvre leurs brillantes facultés et leur expérience de vos consciences. Quels hommes mûrs! Des yeux hébétés à la façon de la nuit d'été, rouges et noirs, tricolores, d'acier piqué d'étoiles d'or; des facies déformés, plombés, blêmis, incendiés; des enrouements folâtres! La démarche cruelle des oripeaux! - Il y a quelques jeunes, - comment regarderaient-ils Chérubin? - pourvus de voix effrayantes et de quelques ressources dangereuses. On les envoie prendre du dos en ville, affublés d'un luxe dégoûtant.

O le plus violent Paradis de la grimace enragée! Pas de comparaison avec vos Fakirs et les autres bouffonneries scéniques. Dans des costumes improvisés avec le goût du mauvais rêve ils jouent des complaintes, des tragédies de malandrins et de demi-dieux spirituels comme l'histoire ou les religions ne l'ont jamais été. Chinois, Hottentots, bohémiens, niais, hyènes, Molochs, vieilles démences, démons sinistres, ils mêlent les tours populaires, maternels, avec les poses et les tendresses bestiales. Ils interpréteraient des pièces nouvelles et des chansons "bonnes filles". Maîtres jongleurs, ils transforment le lieu et les personnes, et usent de la comédie magnétique. Les yeux flambent, le sang chante, les os s'élargissent, les larmes et des filets rouges ruissellent. Leur raillerie ou leur terreur dure une minute, ou des mois entiers.

J'ai seul la clef de cette parade sauvage.




MOREAU, Oedipe et le sphynx, 1865

Posté le 06.08.2007 par elissandre
Paris, musée du Louvre département des Arts graphiques

BAUDELAIRE, Petits poèmes en prose

Posté le 06.08.2007 par elissandre
LA MAUVAIS VITRIER

Il y a des natures purement contemplatives et tout à fait impropres à l'action, qui cependant, sous une impulsion mystérieuse et inconnue, agissent quelquefois avec une rapidité dont elles se seraient crues elles-mêmes incapables.

Tel qui, craignant de trouver chez son concierge une nouvelle chagrinante, rôde lâchement une heure devant sa porte sans oser rentrer, tel qui garde quinze jours une lettre sans la décacheter, ou ne se résigne qu'au bout de six mois à opérer une démarche nécessaire depuis un an, se sentent quelquefois brusquement précipités vers l'action par une force irrésistible, comme la flèche d'un arc. Le moraliste et le médecin, qui prétendent tout savoir, ne peuvent pas expliquer d'où vient si subitement une si folle énergie à ces âmes paresseuses et voluptueuses, et comment, incapables d'accomplir les choses les plus simples et les plus nécessaires, elles trouvent à une certaine minute un courage de luxe pour exécuter les actes les plus absurdes et souvent même les plus dangereux.

Un de mes amis, le plus inoffensif rêveur qui ait existé, a mis une fois le feu à une forêt pour voir, disait-il, si le feu prenait avec autant de facilité qu'on l'affirme généralement. Dix fois de suite, l'expérience manqua; mais, à la onzième, elle réussit beaucoup trop bien.

Un autre allumera un cigare à côté d'un tonneau de poudre, pour voir , pour savoir , pour tenter la destinée , pour se contraindre lui-même à faire preuve d'énergie, pour faire le joueur, pour connaître les plaisirs de l'anxiété, pour rien, par caprice, par désoeuvrement.

C'est une espèce d'énergie qui jaillit de l'ennui et de la rêverie; et ceux en qui elle se manifeste si inopinément sont, en général, comme je l'ai dit, les plus indolents et les plus rêveurs des êtres.

Un autre, timide à ce point qu'il baisse les yeux même devant les regards des hommes, à ce point qu'il lui faut rassembler toute sa pauvre volonté pour entrer dans un café ou passer devant le bureau d'un théâtre, où les contrôleurs lui paraissent investis de la majesté de Minos, d'Eaque et de Rhadamante, sautera brusquement au cou d'un vieillard qui passe à côté de lui et l'embrassera avec enthousiasme devant la foule étonnée.

- Pourquoi? Parce que... parce que cette physionomie lui était irrésistiblement sympathique? Peut-être; mais il est plus légitime de supposer que lui-même il ne sait pas pourquoi.

J'ai été plus d'une fois victime de ces crises et de ces élans, qui nous autorisent à croire que des Démons malicieux se glissent en nous et nous font accomplir, à notre insu, leurs plus absurdes volontés.

Un matin je m'étais levé maussade, triste, fatigué d'oisiveté, et poussé, me semblait-il, à faire quelque chose de grand, une action d'éclat; et j'ouvris la fenêtre, hélas!

(Observez, je vous prie, que l'esprit de mystification qui, chez quelques personnes, n'est pas le résultat d'un travail ou d'une combinaison, mais d'une inspiration fortuite, participe beaucoup, ne fût-ce que par l'ardeur du désir, de cette humeur, hystérique selon les médecins, satanique selon ceux qui pensent un peu mieux que les médecins, qui nous pousse sans résistance vers une foule d'actions dangereuses ou inconvenantes.)

La première personne que j'aperçus dans la rue, ce fut un vitrier dont le cri perçant, discordant, monta jusqu'à moi à travers la lourde et sale atmosphère parisienne. Il me serait d'ailleurs impossible de dire pourquoi je fus pris à l'égard de ce pauvre homme d'une haine aussi soudaine que despotique.

"- Hé! hé!" et je lui criai de monter. Cependant je réfléchissais, non sans quelque gaieté, que, la chambre étant au sixième étage et l'escalier fort étroit, l'homme devait éprouver quelque peine à opérer son ascension et accrocher en maint endroit les angles de sa fragile marchandise.

Enfin il parut: j'examinai curieusement toutes ses vitres, et je lui dis: "Comment? vous n'avez pas de verres de couleur? des verres roses, rouges, bleus, des vitres magiques, des vitres de paradis? Impudent que vous êtes! vous osez vous promener dans des quartiers pauvres, et vous n'avez pas même de vitres qui fassent voir la vie en beau!" Et je le poussai vivement vers l'escalier, où il trébucha en grognant.

Je m'approchai du balcon et je me saisis d'un petit pot de fleurs, et quand l'homme reparut au débouché de la porte, je laissai tomber perpendiculairement mon engin de guerre sur le rebord postérieur de ses crochets; et le choc le renversant, il acheva de briser sous son dos toute sa pauvre fortune ambulatoire qui rendit le bruit éclatant d'un palais de cristal crevé par la foudre.

Et, ivre de ma folie, le lui criai furieusement: "La vie en beau! la vie en beau!"

Ces plaisanteries nerveuses ne sont pas sans péril, et on peut souvent les payer cher. Mais qu'importe l'éternité de la damnation à qui a trouvé dans une seconde l'infini de la jouissance?

Avenue Rapp

Posté le 06.08.2007 par elissandre

Avenue Rapp

Posté le 06.08.2007 par elissandre
Art nouveau...

Avenue Rapp

Posté le 06.08.2007 par elissandre
Art nouveau...
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